Un prêtre pédophile de plus à Montgardin ! 

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by Christine Niles  •  ChurchMilitant.com  •  October 10, 2020   

L’abbé Pierre de Maillard 

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Montgardin, la maison de retraite isolée

l’abbé Pierre de Maillard a été envoyé en pénitence 

Un tout nouveau scandale vient d’éclater au sein de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) : un prêtre ordonné depuis près de 30 ans a été dénoncé à la gendarmerie pour avoir semble-t-il abusé d'au moins 15 victimes.  

L’abbé Pierre de Maillard a été suspendu de son ministère au début de l'été dernier et purge une période de "prière et de pénitence" à Montgardin, près de Gap. Cette maison de retraite est "la prison dorée" que la FSSPX utilise pour garder en détention ses prêtres "à problèmes".

Elle est présentée dans un documentaire pour la télévision suédoise de 2017 qui traite de crimes sexuels et de la manière dont la FSSPX les étouffe. Elle a aussi été présentée dans un article en 2011, lors de sa fondation. La FSSPX a alors dissimulé l’objectif réel de cet établissement !

« Ils m'ont dit qu'ils allaient accueillir une dizaine de prêtres, » a déclaré le maire de Montgardin, Roger Mamo. « J'ai cru comprendre que c'était une maison contemplative. Ils m'ont semblé sympathiques au début, mais je n'en sais pas plus. »

La FSSPX n'a informé personne sur place qu'ils hébergeraient en fait des clercs accusés de façon crédible d'être des prédateurs sexuels.

La FSSPX a été confrontée cette année à une série d’attaques dévastatrices de la part des médias catholiques et laïcs aux États-Unis et à l'étranger. Tout a commencé avec l'exposé retentissant que Church Militant a publié en avril dernier. Y est révélé que la FSSPX fait l’objet d’une vaste enquête criminelle au Kansas pour abus sexuels et dissimulation d’abus. 

Ces publications ont montré clairement la tendance de la FSSPX à ne jamais dénoncer les agresseurs à la police. La solution consiste presque systématiquement à les envoyer faire de brèves périodes de "prière et de pénitence" dans des endroits reculés (parmi lesquels Montgardin) et ensuite de les réintégrer dans un ministère actif. Là, ils recommencent bien souvent à commettre des abus - une tendance suivie aussi par de nombreux diocèses dans le monde, comme cela a été mis en lumière pour la première fois à grande échelle par l'équipe Spotlight du Boston Globe en 2002. Leur enquête avait conduit à un jugement national sur les abus sexuels dans l'Église catholique aux USA. 

La FSSPX a été confrontée cette année à une série d’attaques dévastatrices. 

Alors que la FSSPX existe depuis 1970, les scandales d'abus sexuel qui la touchent ont reçu étonnamment peu d’attention. Quelques sites - dont Stop Pedos Trad et l’AVREF avec son Livre Noir de la FSSPX - ont fait un travail de pionniers en dénonçant les abus sexuels et la corruption au sein de la Fraternité. Cela a provoqué suffisamment de remous pour que Mgr Fellay tente de poursuivre en justice le site Stop Pedos, s’attachant les services d’un des cabinets d’avocats les plus importants et les plus chers d’Islande : 

« Bons fidèles « tradis », quand vous vous priverez pour donner 100 francs (ou 100€, peu importe) « pour un bon séminaire » ou « pour une bonne école catholique », sachez que cet argent partira en fumée en un instant pour payer grassement des avocats qui essayent d’étouffer la dénonciation des pédocriminels et des supérieurs qui les protègent. » 

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Graffiti sur le mur de la chapelle d’Angers de la FSSPX, où Maillard était en ministère

avant sa mise à l’écart : « de Maillard pédophile ; 15 victimes » 

Ces deux sources regorgent d’informations complètes et inestimables sur les cas d'abus et de dissimulation d’abus. Les faits ont été compilés par des témoins directs et des victimes de clercs de la FSSPX. Leurs documents méritent d'être examinés plus avant par les journalistes d'investigation. Si le site Stop Pedos est aujourd'hui en sommeil, sa version archivée est toujours disponible. Le Livre Noir est, quant à lui, accessible dans sa version originale de 2016 et dans sa version mise à jour de 2019. 

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L’abbé Laurent Ramé 

La FSSPX a dû faire face à son premier grand déballage cette année quand l'enquête internationale de Church Militant a révélé des cas de corruption et de dissimulation dans ses plus hauts rangs. Ce tapage a provoqué de nombreuses déclarations publiques de la part de la FSSPX tentant de relativiser l’importance des abus (déclarations dont certaines ont depuis été retirées de leur site). Le District des USA de la Fraternité a même dû constituer un "comité d'examen indépendant" pour examiner les allégations d'abus. Dans un souci de transparence, il a été demandé à la FSSPX de publier les noms des membres de ce conseil d'examen, mais elle ne l'a pas encore fait. 

En juillet dernier, les victimes et leurs parents sont allés voir l’abbé Laurent Ramé, ancien supérieur de Maillard au prieuré Notre-Dame du Rosaire à Saint-Germain-de-Prinçay, en Vendée, pour dénoncer les abus. Ramé a ainsi pris connaissance d'au moins 15 victimes présumées, toutes mineures, garçons et filles confondus. 

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L’abbé Guillaume d’Orsanne 

Contrairement aux habitudes dénoncées par les nombreux exposés de Church Militant sur la désastreuse administration par la FSSPX des allégations d'abus, Ramé a enfreint le protocole et a choisi de ne pas prévenir d'abord le siège du district (comme l'exigent les directives de la Fraternité) mais plutôt de dénoncer les faits directement à la brigade de gendarmerie de Chantonnay. Cette dernière a immédiatement lancé une enquête. Ramé a ensuite informé ses supérieurs à Suresnes. 

Quand la Fraternité prendra l’exemple de l’affaire de Maillard pour expliquer qu’elle prend ces cas au sérieux et fait les choses dans l’ordre, il sera facile de lui répondre qu’une telle attitude n’a eu pour origine que l’initiative individuelle de Ramé. Elle ne prend les choses au sérieux que quand elle est face à un fait accompli de ce genre. La preuve en est avec l’affaire d’Orsanne.

L’abbé Guillaume d'Orsanne a été accusé par un ancien élève en 2017 d'abus sexuels sur mineur. Ces accusations ont été portées à la connaissance du supérieur général d’alors, Mgr Bernard Fellay, et de son assistant l’abbé Alain-Marc Nély. Son supérieur national, l’abbé Christian Bouchacourt, a refusé de faire quoi que ce soit contre lui. Bouchacourt est aujourd’hui assistant du supérieur général de la FSSPX, l’abbé Davide Pagliarani.

Fellay l’a maintenu à son poste à l'École Sainte-Marie près de Saint-Malo. Ainsi, d’Orsanne (qui nie les accusations) est resté en place dans une école de la FSSPX pendant près de deux ans, avec un accès complet aux enfants en toute connaissance de cause et avec l'approbation de ses supérieurs.

Après une brève réaffectation au siège du district de France à Suresnes, d'Orsanne a été transféré cet été à Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, église où pullulent les enfants. Church Militant a appris que les parents de la victime supposé sont profondément indignés. Une publication plus complète sur ce récent scandale est en préparation.

En ce qui concerne Maillard, Church Militant a contacté les forces de l’ordre pour confirmer l'enquête, mais n'a reçu aucune réponse. La justice française n’a pas pour habitude de répondre aux questions des médias tant qu’une instruction est en cours. 

Church Militant a également interrogé les autorités de la FSSPX à Menzingen, en Suisse. Nous avons demandé à ses dirigeants de confirmer la mise à l’écart de Maillard suite aux allégations de pédophilie ; ce qu'ils comptaient faire de lui durant l'enquête et à l'avenir ; nous leur avons également demandé s'ils avaient eu connaissance d'allégations antérieures d'abus et comment ils les avaient traitées. En dépit des beaux engagements de la Fraternité à la 'transparence,' nous n'avons reçu aucune réponse.

Il se croit supérieur 

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Le prieuré de Nantes de la FSSPX où Maillard a été en poste pendant 6 ans 

Il semble que Maillard ait commis des abus dans le cadre de ses différentes affectations au fil des ans, notamment dans des écoles et des chapelles où il a donné des cours de catéchisme aux enfants - y compris en Vendée, la région où Maillard a été élevé et qui a contribué à façonner sa vision du monde : une mentalité de "nous contre eux", selon l'un des anciens paroissiens de Maillard. 

La Vendée a été le théâtre d'un soulèvement catholique héroïque contre le règne de terreur athée et maçonnique de la Révolution Française. Environ 15 % de la population a été anéantie. L’historien spécialiste de la question, Reynald Secher, qualifie ces événements de "génocide français".

Les catholiques de tradition de la région ont tendance à être « très respectueux, très dociles envers les prêtres, très secrets, » selon les dires d’un ancien paroissien, qui a demandé à ne pas être nommé afin de protéger sa famille. Il a subi des abus sexuels de la part d’un membre de la FSSPX. « Ils n'aiment pas vraiment le contact de quelque manière que ce soit avec les gens du dehors. »  

 

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L’abbé Pierre de Maillard 

 

« À l’école, cet esprit vendéen planait partout : tout ce qui n'est pas nous, tout ce qui n'est pas vraiment catholique traditionnel, tout ce qui n'est pas royaliste… est étranger et doit être combattu », note ce témoin précieux. Il précise que Maillard « est imprégné de cette mentalité. » 

« Il a tous les droits, » poursuit-il ; « il a un passé aristocratique, il se croit supérieur… Dans son esprit, les gens lui sont redevables. » Comme la plupart des agresseurs, Maillard ciblait principalement les plus vulnérables, les gens simples, explique-t-il, « parce qu'il savait qu'ils étaient très dociles envers les prêtres ; qu’ils étaient impressionnés par sa particule. Qu’ainsi, ils ne croiraient probablement pas leurs propres enfants, ou qu'ils n’oseraient pas se plaindre. »

« Ou bien, la main sur le cœur, il les embrouillerait avec des justifications fumeuses, basées sur sa prétendue supériorité et sur ses responsabilités - parce que Dieu l'a fait aristocrate et non pas paysan, etc, etc. » continue notre source. « Il a (ou utilise) cette vision du monde très archaïque. » 

Une longue histoire dans la FSSPX 

Pierre de Maillard est né en France le 31 juillet 1967 et a été ordonné prêtre le 29 juin 1993 à Écône, en Suisse. Par une tragique ironie du sort, il a été affecté à Bruxelles pour succéder au prêtre pédophile Philippe Peignot, reconnu coupable en 2014 par un tribunal canonique de la FSSPX d'abus sexuels sur des enfants. 

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L’abbé Philippe Peignot a admis avoir abusé de Vincent Lambert,

devenu plus tard une figure du combat pour la fin de vie 

Le cas de Peignot est particulièrement flagrant car deux supérieurs généraux successifs - l’abbé Franz Schmidberger et Mgr Bernard Fellay - ont levé l'interdiction qui lui avait été faite de fréquenter des enfants. Peignot avait abusé de cinq garçons entre 1985 à 1987, sa victime la plus célèbre étant Vincent Lambert, le tétraplégique devenu plus tard un symbole du débat sur la fin de vie. 

Ce que Peignot a fait subir à Vincent Lambert est à l’origine de sa descente aux enfers vers l’alcool et la drogue. Jusqu’à l’accident de voiture en état d'ivresse qui l'a conduit à l'hôpital et laissé dans cet état bien connu. 

Les crimes de Peignot n'ont jamais été signalés à la police par ses supérieurs. Au lieu de cela, il a été envoyé à Lourdes pour une année de "prière et pénitence" avant de retourner dans le ministère sacerdotal, où il a de nouveau pu commettre des abus. 

Il faudra que le Vatican ordonne à la FSSPX, en 2013, d'ouvrir un procès canonique contre Peignot. Ce qui aboutira à son départ de la Fraternité. Il se réfugie à ce jour dans la « Résistance » de Mgr Richard Williamson, où il exerce un ministère paroissial en totale liberté, en contact avec des enfants. 

Quelques années plus tard, un autre prêtre pédophile, l’abbé Frédéric Abbet, sera affecté au prieuré de Bruxelles. Il logeait sous le même toit que le pensionnat des garçons dont plusieurs vont devenir ses victimes. Une fois de plus, merci à Mgr Fellay qui méprisé l'interdiction faite à Abbet de fréquenter les enfants. 

Ainsi, le prieuré de Bruxelles de la FSSPX a le privilège d'avoir accueilli au moins trois prêtres pédophiles.

Ainsi, le prieuré de Bruxelles de la FSSPX a le privilège d'avoir accueilli au moins trois prêtres pédophiles.

Maillard a quitté Bruxelles en 1997, envoyé à l’école L'étoile du matin à Bitche, en Lorraine. Naturellement dans une école, il a travaillé en contact avec des enfants ! Il a ensuite été en poste à Conflans-Ste-Honorine, une chapelle desservie par le prieuré de Mantes-La-Jolie. Il y donnait des cours de catéchisme pour les enfants et les adolescents. Durant son séjour à Bruxelles, Maillard aurait été malade et a fait un appel aux prières pour un cancer de la prostate. 
 

L’abbé Pierre de Maillard bénit une plaque à la mémoire du Général Nicolas Stofflet 

 

En 2004, il a été affecté au prieuré de la FSSPX de Nantes, où il est resté pendant six ans. En 2010, il a inauguré le nouveau prieuré de St.-Germain de Prinçay avec l’abbé Ramé. Maillard y est resté jusqu'à l'année dernière, lorsqu'il a été muté au prieuré de Gastines, près d’Angers. 

Une commission française s’intéresse aux abus commis dans la FSSPX 

En 2018, à la demande des évêques de France, une commission gouvernementale indépendante a été créée pour examiner spécifiquement les cas d'abus sexuels commis dans l'Église. La Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église (CIASE) fouille actuellement dans les archives secrètes des diocèses, recueille des témoignages, rassemble des preuves et prépare un rapport important sur les abus sexuels commis par des religieux en France au cours des 70 dernières années. Ce rapport comprendra des recommandations aux évêques français sur la manière de protéger les enfants et de traiter les plaintes pour abus. 

En plus des affaires qui concernent l'ensemble de l'Église en France, la commission se penche aussi sur les affaires relatives à la FSSPX, qu’elles impliquent des membres du clergé ou des laïcs. Church Militant a pu avoir confirmation que plusieurs victimes de la FSSPX ont déjà soumis leur témoignage à la CIASE.  

Le CIASE sollicite activement les témoignages de victimes et de témoins. La date limite des dépositions est le 31 octobre 2020 pour qu’ils puissent être étudiés avant son rapport attendu en 2021. La commission peut être contactée par e-mail : victimes@ciase.fr, ou par téléphone : (+33) 01 80 52 33 55. Les témoignages peuvent également être envoyés par courrier au Service CIASE, BP 30132 - 75525 Paris cedex 11, France. 

Translated by William Andrew.

Lisez cet article en anglais

 

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