Un Prêtre Pédophile Fuit Victime

News: World News
by Christine Niles  •  ChurchMilitant.com  •  November 22, 2022   

A la rencontre du Père Patrick Groche à Lourdes

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Un prêtre pédophile de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), qui a lui-même reconnu les faits, fuit sa victime lors d’une rencontre en France.

En juillet, Claude, victime du Père Patrick Groche, s’est rendu à Lourdes avec son épouse pour remettre une lettre à Groche. Ce dernier est l’un des cadors de la FSSPX et un des plus proches collaborateurs de Monseigneur Lefebvre, fondateur de la FSSPX.

Des Abus au Gabon

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Le Père Patrick Groche lors d’un baptême au Gabon

à la fin des années 1980, accompagné des prêtres

Karl Stehlin (à gauche) et Loïc Duverger (à droite).

Le servant de messe est Claude.

Groche s’est vu confier la charge de fonder la mission de la FSSPX au Gabon, en Afrique, où Lefebvre lui-même a été envoyé comme missionnaire de la Congrégation du Saint-Esprit dans les années 1930. La mission de la FSSPX a été fondée en 1986 au sein de la capitale Libreville, Groche y étant le supérieur pour près d’un quart de siècle.

Durant cette période, Groche est connu pour avoir abusé de nombreux jeunes garçons gabonais. Il les attirait dans sa chambre pour divers prétextes, avant de les agresser sexuellement.

« Il a commencé à me toucher mes parties intimes, relate-Claude dans Spotlight: SSPX—Black Trads Matter de Church Militant. Il m’a caressé et masturbé. »

Les abus ont continué pendant cinq ans, d’abord à Libreville puis dans une école de garçons de la Fraternité en France. Lui et d’autres victimes étaient trop terrifiés pour dénoncer ces agressions.

« En Afrique, un prêtre blanc était à l’époque considéré comme un envoyé de Dieu, nous explique Claude. Nos parents le respectaient énormément parce qu’il était le supérieur de la mission de Libreville et un proche de Mgr Lefebvre. C’est pour cela que je ne pouvais rien faire. »


Les abus de Groche étaient un secret de polichinelle au sein de la Fraternité au début des années 2000. Après plusieurs allégations d’abus, le supérieur de l’époque, Mgr Bernard Fellay, l’a finalement exfiltré du Gabon en 2008.

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Mgr Fellay a envoyé le Père Groche dans un autre district

après avoir appris les accusations d’abus. Il n’a jamais dénoncé

Groche à la police et l’a autorisé à poursuivre son ministère.

Comme à son habitude, Fellay n’a jamais fait part des agissements de Groche aux autorités. A la place, il l’a envoyé dans un district sur un autre continent, lui laissant être en contact à des jeunes garçons. Nous ne savons pas pour l’instant si Groche a fait d’autres victimes lors de ses ministères suivants.

Devenu adulte, Claude a dénoncé Groche à la FSSPX en 2019, amenant aux aveux du prêtre.
Le Supérieur général, le Père Davide Pagliarani, l’a envoyé à la Maison Saint-Ignace, à quelques pas de la célèbre grotte de Lourdes. Il a imposé à Groche un certain nombre de restrictions et measures :

  • Il n’est pas autorisé à recevoir des visites privées.
  • Il n’est pas autorisé à faire des leçons de catéchisme ni de direction spirituelle
  • Il n’est pas autorisé à quitter le prieuré sans l’autorisation de son supérieur
  • Il peut partir en vacances, mais seulement à une période et un lieu validés par son supérieur
  • Le 1er décembre de chaque année, un rapport est adressé au supérieur de district

Il y a cependant des preuves montrant que ces règles ne sont ni appliquées, ni respectées, que Groche est libre d’aller et venir comme il le souhaite et d’entendre les confessions des enfants régulièrement, sans surveillance.

Une Lettre Demandant la Vérité

Peu après le Spotlight de Church Militant révélant les abus au Gabon, une histoire parmi des dizaines d’abus au sein de la FSSPX, le Collectif des Victimes de la FSSPX a été créé, visant à promouvoir la libération de la parole des victimes de la Fraternité. 

Le Collectif a écrit une lettre au Père Groche, en espérant pouvoir la lui remettre en main propre.
La lettre débute: «Vous avez abusé d’enfants et d’adolescents sur une période s’étendant au moins de 1986 à 2008 à la mission Saint Pie X du Gabon, que vous avez fondée, et à l’école Saint Joseph de Calasanz.»

Elle poursuit: «Vous avez affirmé une volonté de repentance et l’espérance d’un pardon divin. Ces affirmations n’ont aucune valeur sans actions concrètes, indispensables pour compléter les mesures et restrictions dont vous faites l’objet.»

J’étais en colère de voir qu’il s’est enfuit après avoir reçu la lettre, cela confirme sa lâcheté !

Ce courrier formule aussi des demandes: «C’est pourquoi nous vous exhortons à publier un communiqué personnel, qui sera lu et affiché à la mission du Gabon.

Dans ce communiqué, vous reconnaitrez explicitement les viols, agressions sexuelles et abus, aussi bien physiques que psychologiques, dont vous êtes l’auteur.»

Il y est également demandé au prêtre de «[se] présenter à la gendarmerie la plus proche afin de [se] dénoncer de ces actes, en donnant une liste exhaustive de [ses] victimes, notamment en indiquant nom et prénom de chacune d’elles.»

Le Collectif déclare que: «Les victimes sont en effet au cœur de notre action et notre principale motivation.

La pénitence et la contrition ne consistent pas à se réfugier dans un sanctuaire et il n’y a pas de prescription pour notre Seigneur. 

Il est donc indispensable que vous fassiez ce que nous exigeons dans ce courrier, non seulement pour la réparation des victimes, mais aussi pour le salut de votre âme.»

Le 31 juillet, Claude et sa famille se sont rendus à Lourdes, dans le Sud de la France, pour remettre personnellement la lettre au Père Groche.

Rencontre à Lourdes

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La Maison Saint-Ignace, propriété de la FSSPX à Lourdes

La Maison Saint-Ignace, propriété de la FSSPX à Lourdes

« Quand nous sommes allés voir le Père Groche à Lourdes, c’était pour lui dire que c’est un lâche, qu’il est beaucoup trop facile de se réfugier dans un sanctuaire, raconte Claude à Church Militant. Il doit se rendre de lui-même à la police et avouer tous ses crimes. »

Il ajoute : « Il doit faire face à ses responsabilités, il devrait avoir honte de continuer à célébrer la Sainte Messe avec ses mains souillées. »

Groche a réussi à éviter la confrontation.

Alors que le plan était de confronter Groche avec Claude et la délégation du Collectif présente sur place, ils ont décidé que seule l’épouse de Claude entrerait d’abord dans la propriété, qui est sous vidéo-surveillance, afin de ne pas alerter le prêtre.

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« Je lui ai juste donné la lettre poliment. »

Le Père Groche recevant la lettre de la part de l’épouse

de Claude. Derrière lui, le Père François-Marie Chautard.

« J’ai vu des prêtres, certains en fauteuil roulant, et des religieuses, commente l’épouse de Claude. J’avais à la main un missel et un chapelet, j’étais prise pour une paroissienne en train de méditer. »
Bien qu’elle n’ait pas vu Groche immédiatement, elle a aperçu, le Père Pierre-Marie Laurençon, ainsi que Mgr Tissier de Mallerais, l’un des évêques sacrés par Mgr Lefebvre en 1988.

Quelques instants plus tard, elle a repéré Groche avec le Père François-Marie Chautard et un groupe de servants de messe. Alors que Groche était annoncé mourant en 2020 en raison d’un cancer, il est apparu en pleine forme.

Elle était choquée : « Groche et lui riaient aux éclats ! Moi qui le pensais mourant ! Il était en excellente forme, aucun problème pour marcher, il riait ! »

« Mon but était de lui donner la lettre le plus calmement possible pour ne pas le brusquer, ce que j’ai fait, explique-t-elle. Je lui ai juste donné la lettre poliment. Je l’ai ensuite vu se rendre à la chapelle. » 

Claude et le reste du groupe, qui attendaient au portail, sont entrés pour assister à la messe de 11h.

La messe a débuté avec 15 minutes de retard. Dans la procession, plusieurs prêtres, dont l’abbé Chautard, les Pères Groche et Laguérie étaient absents. Claude et son épouse sont alors sortis pour partir à leur recherche.

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Claude dans la chapelle.

« Nous sommes allés à la rencontre de la religieuse qui surveillait l’entrée » explique son épouse, qui poursuit :

Nous ne lui avons pas dit pourquoi nous étions ici ; nous lui avons dit que Claude était le premier servant de messe à la mission du Gabon, que nous étions venus pour voir le Père Groche mais ne l’avions pas aperçu pendant la procession d’entrée. Nous lui avons demandé comment il se portait car nous le savions malade. La religieuse nous a alors dit qu’elle était là depuis plusieurs semaines et qu’elle ne savait pas du tout que le Père Groche était malade et que, s’il l’était, sa rémission était excellente : il célèbre la messe tous les matins.

La sœur a pris leur numéro de téléphone. Claude et son épouse ont demandé qu’on dise à Groche qu’ils aimeraient le rencontrer personnellement.

« Groche n’a jamais rappelé et nous ne l’avons jamais revu, explique l’épouse de Claude. J’ai moi-même envoyé deux messages à Groche et il ne m’a pas répondu. D’autres personnes l’ont appelé, aucune n’a reçu de réponse non plus. »

Claude est frustré de ne pas avoir pu confronter son abuseur : « J’étais en colère de voir qu’il s’est enfuit après avoir reçu la lettre, cela confirme sa lâcheté ! »

Plusieurs médias au Gabon et en France ont repris l’histoire de Claude, relayant son histoire et celles d’autres victimes de prêtres de la FSSPX. Dans une émission diffusée sur la chaîne française TV5Monde le 3 octobre, Claude est apparu devant les caméras pour la première fois de sa vie, pour relater son témoignage sur les abus et ses tentatives d’obtenir justice.

Le Collectif des Victimes de la FSSPX

Church Militant a contacté le Collectif des Victimes de la FSSPX. Benjamin Effa, son porte-parole, a expliqué l’origine et le travail du groupe.

« Depuis plusieurs années, plusieurs personnes qui ont subi des abus au sein de la FSSPX, certains de leurs proches et de leurs amis ont essayé de faire bouger les choses, chacun de leur côté, en lançant des appels sur les réseaux sociaux, pour trouver d’autres témoins. Au bout d’un certain temps, ces personnes finissent par échanger et se rendent compte qu’elles ont été en contact les unes avec les autres dans des écoles de la Fraternité en Europe. »

Il poursuit : « En prenant des nouvelles d’autres anciens, ils réalisent que leurs histoires ne sont pas des cas isolés et qu’ils sont loin d’être seuls. »

« Cet été, l’idée d’un collectif a réémergé, explique Benjamin . Pour donner plus de visibilité et pour permettre à ceux qui ne sont pas encore prêts à témoigner en public de s’exprimer. En étant plus visibles, nous pouvons réunir des témoignages venant d’autres endroits et essayer de mettre davantage de pression sur la FSSPX. »

Comme Church Militant le rappelait, la FSSPX était la seule communauté de France à refuser d’ouvrir ses archives dans le cadre d’une grande enquête menée par la Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise (CIASE).

Nous ne sommes pas surpris par le refus de la FSSPX de donner accès à ses archives.

« A propos du rapport de la CIASE, nous ne sommes pas surpris par le refus de la FSSPX de donner accès à ses archives, nous dit Benjamin. Nous avons eu la possibilité de rencontrer M. Sauvé, le président de cette commission, et de lui parler du cas de la FSSPX. »

Il continue :

Il nous a expliqué que la première rencontre avec les responsables de la Fraternité s’est très bien passée, ils l’ont très bien accueilli. Si la CIASE s’intéresse à la FSSPX, cela signifie que la FSSPX est reconnue comme catholique. Ensuite, la commission a demandé l’ouverture des archives, ce qui lui a été refusé. Ceci confirme ce que bon nombre d’entre nous ont remarqué : la FSSPX veut être reconnue comme catholique (elle l’est !) mais ne veut pas avoir les responsabilités, les obligations et la soumission à la hiérarchie qui y affèrent. Les droits sans les devoirs. Nous sommes évidemment déçus car, en plus de ça, la Fraternité n’a pas intégré le dispositif de la CRR (Commission Reconnaissance et Réparation). Les victimes de la Fraternité (en France ou de prêtres français) ne peuvent pas être reconnues (et possiblement indemnisées) même si elles sont bel et bien des victimes au sein de l’Eglise catholique.

A propos de l’objectif du Collectif, le porte-parole explique que « le but est de réunir les victimes. »
Il explique : « Ensemble, nous pouvons davantage peser face à la Fraternité et nous pouvons aussi nous allier à d’autres collectifs et associations. »

Le collectif espère donner une voix aux victimes et contribuer à ce que les prédateurs soient suspendus de leur ministère.

« En fait, nous voulons que la FSSPX arrête sa politique de l’autruche au sujet des abus sexuels, psychologiques, physiques et autres Il est intolérable que les prédateurs soient protégés, cachés et que leurs victimes soient négligées. »

La lettre au Père Groche est disponible ci-dessous :

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La lettre au Père Patrick Groche

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