Un prêtre de la FSSPX rattrapé par un scandale sexuel

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by Christine Niles  •  ChurchMilitant.com  •  August 17, 2020   

La Fraternité n’a pas l’intention d’enquêter sur l’abbé Pierre Duverger

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SANFORD, Floride (ChurchMilitant.com) - Un prêtre de la Fraternité St.-Pie X (FSSPX), qui fait actuellement l’objet d’une enquête criminelle pour abus sexuels aux États-Unis, traîne derrière lui une affaire de viol, en France, qui remonte à une dizaine d’années.

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L’abbé Pierre Duverger, dirigeant une retraite en Alaska

L’abbé Pierre Duverger, aujourd’hui directeur de St.Thomas More Academy à Sanford en Floride, était auparavant en poste à Kansas City, dans le Missouri. Il se rendait régulièrement à St. Marys, au Kansas, où des incidents présumés d’inconduite sexuelle ont eu lieu. Bien qu’elle soit au courant de ces allégations depuis plusieurs années, la Fraternité n’a jamais officiellement enquêté sur lui.

Duverger a été ordonné en 1995 et vient d’une famille de prêtres de la FSSPX, avec deux frères et trois neveux qui sont membres de la Fraternité. Un de ses frères, l’abbé Patrick Duverger, est supérieur de district de Benelux. Son autre frère, l’abbé Loïc Duverger, a été supérieur du district d’Afrique, où il a étouffé une affaire de pédophilie impliquant l’abbé Damian Carlile. Au cours des 20 dernières années, l’abbé Loïc a également été assistant du supérieur du district de France. Dans l’ombre, il a participé activement à la dissimulation d’un certain nombre d’abus sexuels avec les supérieurs de district, Régis de Cacqueray et Christian Bouchacourt.

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L’abbé Marc Vernoy (à gauche), prieur de la chapelle

St. Thomas More à Sanford, avec l’abbé Pierre Duverger

Selon un article de The Angelus (la revue de la FSSPX aux États-Unis), Duverger « est d’une famille de 11 enfants qui a eu l’honneur de fréquenter Mgr Lefebvre depuis les années 1950 en Afrique. »

Duverger est sur la liste des prêtres qui font l’objet d’une enquête criminelle du Kansas Bureau of Investigation (KBI). Cette branche de la police du Kansas se penche sur la FSSPX, comme sur tous les diocèses de l’État, dans le cadre d’une vaste enquête criminelle sur les abus sexuels et les dissimulations d’abus opérées par le clergé.

Dans un courriel daté du 14 décembre 2019, l’abbé Hervé de la Tour, prêtre de la FSSPX, parle de Duverger à la lanceuse d’alerte Jassy Jacas et admet : « Nous connaissons déjà plusieurs victimes ». Dans un e-mail ultérieur, il précise que les allégations remontent à 2007 ou 2008.

Scandale à Bordeaux

Church Militant a pu obtenir confirmation du fait qu’un des incidents dont parle Hervé de la Tour consistait en une liaison sexuelle qui a duré quelque temps avec une jeune femme psychologiquement vulnérable à Bordeaux. Elle était fiancée.

Cette situation a été révélée pour la première fois par un site internet, aujourd’hui inactif, qui dénonçait les crimes des clercs traditionalistes : « Certains traditionalistes de la région bordelaise connaissent les vraies raisons du départ soudain de l’abbé D. (Fraternité Saint-Pie X) : au lieu d’enseigner à une fiancée le catéchisme des fiançailles et du mariage, il lui donnait des leçons très concrètes de relations matrimoniales, avec exercices pratiques. »

« Trop souvent, des clercs “tradi” qui se permettent des écarts sexuels restent longtemps impunis. »

Trop souvent, des clercs 'tradi' qui se permettent des écarts sexuels restent longtemps impunis.

Le site internet continue en reprochant aux dirigeants de la FSSPX d’avoir ensuite promu Duverger :

« Ce qui est une cause beaucoup plus profonde de scandale pour les âmes, c’est de voir comment des comportements aussi déviants sont suivis d’une promotion. “Le poisson pourrit par la tête”, dit le proverbe.

Il est crucial d’ouvrir les yeux sur la réalité. Nous l’avons constaté plusieurs fois : trop souvent, des clercs “tradi” qui se permettent des écarts sexuels restent longtemps impunis parce que les fidèles idéalisent le sacerdoce et sont dans ce qu’on appelle psychologiquement “le déni” : ils refusent a priori d’admettre la possibilité qu’un “bon prêtre” commette des délits sexuels. »

Duverger, chargé d’assurer une préparation au mariage, préféra se livrer à une liaison sexuelle avec la femme qui dura plusieurs semaines. Les sœurs de la FSSPX au prieuré dont Duverger était responsable étaient au courant du scandale et se plaignaient de l’absence de leur prêtre : au lieu d’assurer les offices à la chapelle, il passait du temps avec la jeune femme.


Selon une source locale sûre, Duverger « a machiavéliquement exploité la situation de faiblesse de cette jeune fille, qui était mentalement perturbée et vulnérable. »

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Mgr Bernard Fellay, supérieur général de 1994 à 2018

En droit français, Duverger est passible du délit d’abus de faiblesse (« abus frauduleux de l’état de faiblesse »), punissable en vertu de l’article 223-15-2 du Code pénal français de « trois ans d’emprisonnement et de 375.000 euros d’amende. »

Le crime consiste à tirer un avantage psychologique, émotionnel ou physique d’une personne vulnérable « due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ».

Lorsqu’il s’agit de profiter sexuellement d’une personne vulnérable, cela devient un viol, car une telle personne n’est pas capable de consentement. C’est une circonstance aggravante pour Duverger dans cette affaire.

Les peines sont portées à cinq ans derrière les barreaux et 750 000 euros d’amende quand « l'infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d'un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités. »

Lorsque les parents de la jeune femme (dont l’un, avocat, défendait parfois la FSSPX) ont découvert que Duverger abusait sexuellement de leur fille, ils ont envisagé de porter plainte pour viol. Mais la famille — fidèle de longue date de la Fraternité — a fini par y renoncer, encouragée dans cette voie par un prêtre de la Fraternité.

Church Militant a appris qu’aujourd’hui ce prêtre regrette amèrement ses conseils, surtout depuis qu’il connaît les allégations d’agressions sexuelles contre Duverger aux États-Unis.

La FSSPX déplace ses prêtres prédateurs

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L’abbé Christophe Roisnel, condamné à 19 ans

de prison pour des faits de viol et torture

Quand ils ont appris les méfaits de Duverger, le supérieur général d’alors, Mgr Bernard Fellay, et le supérieur du district de France de l’époque, l’abbé Régis de Cacqueray, ont décidé de ne pas le dénoncer à la police, contrairement à ce qu’exige la loi française - une violation qui peut entraîner jusqu’à trois ans de prison.

Cette tentative de traiter la question en interne a une longue tradition dans la FSSPX mais elle constitue une violation directe du droit français. Selon l’art. 434-1 du code pénal français :

« Quiconque ayant connaissance d'un crime dont il est encore possible de prévenir ou de limiter les effets, ou dont les auteurs sont susceptibles de commettre de nouveaux crimes qui pourraient être empêchés, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. »

Quelques exceptions existent pour les conjoints, les membres de la famille, les professionnels de la santé et les travailleurs sociaux, mais il n’y en a aucune pour le clergé.

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L’abbé Philippe Peignot, coupable d’avoir

abusé sexuellement de plusieurs garçons

En 2011, Fellay et Cacqueray ont également décidé de ne pas signaler l’abbé Christophe Roisnel lorsqu’ils ont appris qu’il avait violé plusieurs femmes dans une école de la FSSPX. Ils ont préféré l’envoyer au couvent de Morgon (Beaujolais) pour quelques années de "prière et de pénitence."

En fin de compte, c’est grâce aux autorités civiles que Roisnel a été arrêté, jugé et condamné pour viol et torture avant que Fellay ne puisse le réintégrer dans un ministère actif. Le prêtre purge actuellement une peine de 19 ans d’emprisonnement.

Quand il était supérieur général, la manière d’agir de Fellay consistait à écarter les agresseurs sexuels pour de brèves périodes de "prière et de pénitence" avant de les réinsérer dans un ministère actif. Souvent ils récidivent. C’est la même pratique que celle de tant d’évêques avant que le scandale des abus sexuels n’éclate aux USA en 2002. Le Boston Globe avait révélé que Cardinal Bernard Law réaffectait des centaines de prêtres prédateurs, après les avoir envoyés pour de brefs séjours dans des centres de réadaptation comme St. Luke Institute dans le Maryland ou St. John Vianney Center en Pennsylvanie.

Ces prêtres retombent dans les abus sexuels — et c’est la même chose qu’on trouve dans la FSSPX.

Autre exemple : le prêtre pédophile Philippe Peignot a pu recommencer ses abus parce que le supérieur général l'avait réintégré dans le ministère sacerdotal après l'avoir affecté à Lourdes pour un temps de “prière et pénitence”. Pareil pour le pédophile condamné Frédéric Abbet ; il a pu s’attaquer à nouveau à plusieurs garçons, alors même que le tribunal canonique de la FSSPX lui avait interdit de fréquenter les enfants — une interdiction que Fellay a violée presque immédiatement en assignant Abbet dans un prieuré situé sous le même toit qu'un dortoir de garçons.

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L’abbé Frédéric Abbet, condamné à 5 ans de

prison pour des crimes sexuels contre des enfants

Après que les parents de victimes eurent demandé justice, Abbet a été condamné à cinq ans de prison.

Trois semaines après notre enquête (Spotlight du 21 mai de Church Militant) qui a révélé qu’Abbet n’avait jamais purgé sa peine, il a été arrêté en Suisse et est actuellement derrière les barreaux.

Fellay a agi de manière similaire envers Duverger, avec les mêmes résultats. Peu après le scandale sexuel de Bordeaux, Fellay a invoqué des raisons de “santé cardiaque” pour muter Duverger au monastère Notre-Dame de Guadalupe, au Nouveau-Mexique (USA), où il a passé deux ans à “prier et à faire pénitence”.

En 2010, Mgr Fellay a promu Duverger au poste de secrétaire personnel de l’abbé Arnaud Rostand, alors supérieur du district des États-Unis, à Platte City (Missouri).

Il a même été nommé dans l’équipe des communications du district des États-Unis, aux côtés de James Vogel et de Louis Tofari, une promotion surprenante compte tenu des allégations de viol à son encontre.

En 2011, trois ans seulement après le scandale sexuel, Duverger a été autorisé à être prêtre assistant à la première messe de son neveu, Amaury Graff. Étrange ironie, Graff a été nommé plus tard à Bordeaux, quelque temps après le départ de son oncle, l’abbé Duverger. Il a pu y apprendre les déboires de son oncle avec la jeune femme.

Aux États-Unis, Duverger a desservi la chapelle de l’Assomption, à St. Marys au Kansas. Il y entendait les confessions et s’attaquait à de jeunes femmes vulnérables, pour ensuite les agresser sexuellement. Plusieurs de ses accusatrices ont été interrogées par le KBI.


Le 30 avril, Church Militant a envoyé les requêtes suivantes à l’abbé Jürgen Wegner, supérieur du district américain :

« Bonjour M. l’abbé,

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L’abbé Jürgen Wegner,

actuel supérieur du district des USA

Pouvez-vous répondre aux questions suivantes:

Est-il vrai que vous transférez l’abbé Pierre Duverger à un nouveau poste ? C’est ce que nous avons entendu dire.

Si oui, où ?

Quand ?

Pourquoi ?

Vos déclarations publiques affirment que vous vous engagez en faveur de la transparence. Allez-vous renvoyer l’abbé Duverger au Kansas pour être interrogé par les autorités qui enquêtent sur lui dans le cadre de leur instruction criminelle ?

Pourquoi le prieuré St. Thomas More a-t-il publié une déclaration affirmant faussement que Duverger ne faisait pas l’objet d’une enquête criminelle ?

Pourquoi cette même déclaration donne-t-elle l’impression que Duverger serait innocent ?

Comme preuve de votre engagement en faveur de la transparence, allez-vous publier une déclaration reconnaissant que l’abbé Duverger fait l’objet d’une enquête criminelle et que vous êtes au courant de plusieurs allégations contre lui (comme vous l’avez déjà admis dans des courriels privés) ? »

Church Militant n’a jamais reçu de réponse.

Tandis que Duverger reste directeur de St. Thomas More à Sanford en Floride, Church Militant a appris que plusieurs familles ne réinscriront pas leurs enfants pour la rentrée scolaire en raison de la présence de Duverger et de leur mécontentement de la façon dont la direction de la Fraternité a traité son cas.

Church Militant a reçu la confirmation qu’au moins deux enseignants ont aussi quitté l’école.

L’abbé Wegner, qui a avoué à Jacas qu’il n’avait jamais enquêté sur les allégations d’abus contre Duverger, est quant à lui envoyé en Autriche.

Lisez cet article en anglais.

Translated by William Andrew.
 

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